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Du pont de la Motte au Tur'fu : la touche Char'Motte à Passy

À Passy, Charlotte Pelé construit La Char'Motte, une micro-ferme pensée comme une petite exploitation du futur. Ancienne ingénieure en génie civil, musicienne à ses heures, elle fait désormais pousser légumes, fruits et fleurs avec une idée simple : si chaque hameau avait son maraîcher, le territoire serait plus autonome, plus résilient et surtout, plus vivant.

Maraîchage

Encore une maraîchère ? Bonheur. Une de plus. Au Pays du Mont-Blanc, la relève de l'alimentation locale se conjugue résolument au féminin. Rachel Gérardin au Plateau d'Assy, Manon Neulas en vallée de Chamonix, Alice Lehoux à Domancy et, maintenant, Charlotte Pelé à la Motte, sur le coteau de Passy. Elles se connaissent, s'entraident ? Évidemment. « Comme dans le soin, cultiver des légumes, c'est prendre soin de la plante pour nourrir les autres », résume Charlotte. Le vieux pont de la Motte a donc une nouvelle voisine : La Char'Motte. Quand elle n’a pas son saxophone en main au sein de la Fan’Fiz, la fanfare des Fiz, Charlotte a les genoux dans la terre, la tête dans la serre et les neurones qui chauffent. Ancienne ingénieure en génie civil, Charlotte Pelé le confie en riant « Je n'ai jamais aimé le béton ». Après un long passage au SITOM de Passy autour du compostage, du wwoofing, des micro fermes, un diplôme de responsable de productions légumières, fruitières, florales et de pépinières, elle a franchi le pas en reprenant la suite des Jardins d'Elie. Un bail rural signé avec la commune de Passy, et la voilà qui construit le modèle qu'elle a imaginé. Au printemps, les gars de l'entreprise Jodra Construction ont étudié, taillé et levé le bâtiment d'exploitation. Ultra-local on vous dit. Puis elle a installé une immense serre de culture, flambant neuve, pensée de A à Z : récupération de l'eau de pluie, automatisation pour mieux gérer les coups de gel ou de chaud, et hauteur optimisée pour cultiver debout jusqu'en bordure. On ne se refait pas : elle a le sens de la structure. « J'ai une chance de débutante », confie-t-elle. Il est vrai que son exploitation a tout de la micro-ferme du futur : des parcelles morcelées, exposées au soleil, un peu de pente, du broyat vert, du foin, de la laine de mouton, de l'eau disponible et des serres robustes. Tout de bio, tout' de bon et surtout, 100% paysan. Tomates, concombres, aubergines, melons, pastèques, courges, oignons, pommes de terre, etc : chaque plant vient de ses propres graines ou d'échanges via la Maison des semences paysannes de Haute-Savoie. S'y ajoutent les petits fruits, les fleurs fraîches composées en bouquets vendus les jeudis soir de 17 h à 19 h et bientôt une nouvelle serre bioclimatique. Bâtir solide, semer juste, viser loin : avec Char'Motte et la Fan'Fiz, le Tur'fu a de beaux jours devant lui. Et la suite ? Charlotte la voit sereinement. « Je veux prouver que physiquement, humainement, et économiquement, ce modèle est viable. Si chaque hameau avait son maraîcher, cela donnerait envie à d'autres de se lancer. Que le coteau ait plus de petites exploitations, pareil dans la plaine ». Autonomie alimentaire, résilience territoriale, circuit court : avec des légumes et de la musique, Char'Motte nous pousse vers demain !